Editions

Daru 

La marionnette en bonne compagnie    

Christian Chabaud

La fin du XXe siècle culturel a été marquée par le renouveau de la marionnette, l’originalité de ses écritures, ses esthétiques de la scène et des formes, et l’adhésion du public aux créations contemporaines pour adultes, dans de vrais théâtres. 

‍« La marionnette, c’est aussi pour les enfants ». Des marionnettistes se sont alors fortement engagés pour la reconnaissance de leur art sur le plan artistique, social, médiatique et institutionnel.

‍La Compagnie Daru (devenue Daru-Thémpô) participe de cet élan, après 20 ans d’itinérance et depuis son implantation régionale en Essonne. Ce livre présente 50 années de création de ses spectacles aux formes très diverses, vues par des dizaines de milliers de spectateurs de tous âges, dans des centaines de théâtres de France et d’ailleurs, et les actions culturelles associées. Il est écrit sur la base d’une multitude de documents, textes, souvenirs et photos qui font de cet historique illustré un témoignage fort et complet sur une vie consacrée au spectacle et à la marionnette. 

‍S’y mêlent l’enthousiasme et le doute autant que l’opiniâtreté et le bonheur d’imaginer, de réaliser et de partager la création, dans le monde et au coeur de la décentralisation théâtrale, pour toutes les populations, de tous âges, dans un milieu culturel français âpre sous la coupe des professionnels de la diffusion culturelle qui tiennent les tenants et les aboutissants des moyens de la création professionnelle marionnettique, souvent au détriment de l’implantation des compagnies des marionnettistes.

‍L’auteur a été encouragé par celles et ceux qui accompagnent la Compagnie Daru, eux-mêmes œuvrant activement pour la marionnette et dans la culture. Leurs contributions dans le chapitre « Regards passeurs et complices », apportent un éclairage complémentaire à l’ensemble de cette autobiographie qui confirme que la marionnette est un art majeur du spectacle vivant. Protéiforme, inclassable, qui vit, meurt, renaît en se réinventant sans cesse, pour les publics d’hier et de demain, toujours à re-découvrir. Comme ses amoureux.

LETTRE À LA COMPAGNIE DARU

"Incroyable tout ce que l’on peut faire en un parcours artistique professionnel. Cela donne le vertige… Et si c’était à refaire, referiez-vous ce chemin ? Certainement, tant il a contribué à donner ses lettres de noblesse à l’art de la marionnette et la reconnaissance aux marionnettistes."

Anne-Françoise Cabanis

Directrice du Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes de 2008 à 2020

" Nos chemins se sont croisés, re-croisés. Nous avons souvent fait causes communes, mais, au-delà des faits eux-mêmes, on peut aussi découvrir de nombreux échos, correspondances, liens secrets dans nos parcours aussi bien mentaux qu’artistiques."

Philippe Genty

Marionnettiste- Metteur en scène

 

PUBLIÉE PAR CHARLIE-HEBDO (17/12/1973)

« Art mineur, art mineur, est-ce que j’ai une gueule d’art mineur ? Forcément, art mineur, si vous écoutez parler mes assassins. Ils ont tué Guignol.

Ceux-là même que Guignol attaquait lorsqu’il n’était qu’un paillard canut lyonnais, lorsque Mourguet l’arracheur de dents, le forain, le menteur, le révolté, l’admirable, lui donnait son âme. Ceux-là même qui l’ont accepté, l’ont pris avec eux, l’ont manipulé, trompé, télévisé et l’ont lâchement assassiné derrière un coin de castelet.

Des bouts de bois cassés ils ont fait une copie. Des bouts de mots cassés ils ont fait un long discours plâtreux. Ils ont fait de Guignol un pâle divertissement pour des enfants amputés de leurs rêves. Ils ont cassé la marionnette.

Tous, vieilles mémères qui l’ont enterré dans leur salon dans des tas de chiffons, faux hâbleurs en long et en large, discoureurs qui me rangent au rang de piètre copie de l’acteur, déserteurs, relaps et autres traîtres. Et pourtant, approchez !

Voyez mes grands êtres caverneux de deux mètres cinquante, mes insectes monstrueux, regardez mes mains, mes masques. Écoutez mes cris vibrants, mes grognements profonds…

À moi Yves Joly ! À moi le Bread and Puppet ! À moi Hubert Jappelle ! À moi, vous toutes et tous de la marionnette ! À l’aide ! Écoutez parler le silence. Portons le vide de place en place au bout de nos doigts. Et vous, les assassins, gare ! ».

 

L'Araignée Blanche    

Nicolas Charentin

Illustration Megan Lesoeur-Vidy

 

Ce soir, Zoé va se coucher.

Sa maman lui lit son histoire préférée.

 

L’histoire est finie,

il est l’heure d’aller au lit.

« Bonne nuit, à demain,

fais de beaux rêves »

Sa maman éteint la lumière.

 

Zoé voit sur le bord de sa table de nuit :

une araignée.

 

Une araignée différente

de toutes les autres,

une araignée blanche.

 

— Que fais-tu là ?

Pourquoi es-tu blanche ?

 

 

L’Exil de Marina Blue 

Nicole Charpentier

 

A travers une histoire dont les points de départ sont Venise et la solitude de la narratrice qui raconte la vie de Marina Blue, il s'agissait de tout transformer en fragments d'espace.

La mémoire, espace du souvenir, le voyage, espace d'action et de pensée, le Temps, espace en voie de disparition, la création artistique, espace sacré, Venise, espace de détérioration, les êtres, espace de vie et de mort, sont autant de moyens d'investigation d'un monde sensible.

 

Marina est l'arpenteur de ses espaces. Elle part à la recherche de l'un ou de l'autre. Elle voyage entre Tropiques et Equateur, à destination d'une Afrique plurielle, lieu de ressourcement aux origines, de nostalgie, de la Chine, lieu de méditation, d'énigmes, de Venise, lieu de retrouvailles.

Tous ces points du globe sont autant de points intimes où elle retrouve, séquence après séquence, le scénario de sa vie, la candeur enfantine, l'émotion africaine et une certaine désolation esthétique ou amoureuse.

 

Mais elle comprend qu'il existe deux façons de trouver son véritable espace, la création et l'amour, seuls capables de recréer la mémoire.

Faute de pouvoir s'accomplir à travers la pratique du dessin et sa liaison avec Octave, elle cherchera un ailleurs, l'espace fuite, autrement dit l'Exil.

Régine, double féminin ou soeur jumelle, observe l'errance de Marina sur toutes les latitudes.